Méthode étude de tableau

Vous trouverez ci-dessous une méthode détaillée afin de produire une analyse de tableau ainsi qu'un exemple d'analyse

 

Gericault : le Radeau de la Méduse

 

I - La présentation de l'oeuvre (approche informative) :

Il s'agit de donner le titre de l'oeuvre, son auteur, sa date de réalisation, le type de l'oeuvre (tableau, dessin, enluminure...), son support (toile, bois...), ses dimensions, son lieu de conservation, son genre (portrait, paysage, scène religieuse...) et son contexte historique (La période dans laquelle il a été peint et la période qu'il décrit si elles sont différentes).

Pour ce qui concerne notre tableau : Le Radeau de la Méduse est un tableau peint par Théodore Géricault (1791-1824, peintre issu d'une famille aisée de la Manche, il poursuivit ses études au Lycée impérial à Paris puis auprès de peintre parisiens avant de partir pour l'Italie en 1816 où il fut impressionné par les oeuvres de la Renaissance italienne. critiqué pour son oeuvre "Le radeau de la Méduse" présenté à Paris en 1919, il s'exila en Angleterre où ses oeuvres tournèrent alors autour du cheval.revenu à Paris, il tomba malade et mourut après une longue agonie suite à une chute à cheval.) entre 1917 et 1919, il s'agit d'une huile sur toile de 4m91 sur 7m16 conservée au musée du Louvre à paris. L'oeuvre est une scène historique support à une prise de position poliique. En effet, ce tableau repose sur des événements historiques réels : Les faits ont eu lieu en 1816, la France est alors dans la période de la Restauration. La Révolution est terminée, Napoléon Bonaparte a perdu le pouvor et le roi Louis XVIII se réinstalle sur le trône de France et avec lui la monarchie. En cette année 1816 donc, une frégate de la marine royale, la Méduse, est partie de Rochefort avec l'intention d'aller installer un gouverneur (le colonnel Julien Schmaltz) au Sénégal, territoire qui a été restitué à la France par les britaniques. Le commandant du navire est un vieil officier de la marine royale qui n'a pas navigué depuis 20 ans. Au large des côtes du Sénégal, la Méduse s'échoue sur un banc de sable, l'équipage ne parvint pas à dégager le bateau. les chaloupes nécessaires à l'embarquement de l'équipage afin de rejoindre la côte sont en nombre insuffisant. Le commandant, les officiers et les personnalités présentes sur la Méduse s'embarquent sur 6 chaloupes, 17 marins restent à bord du navire et 150 hommes décident de la construction d'un radeau sous la direction du chef charpentier. Ce radeau, long de 20 mètres pour 7 mètres de large est d'abord attaché à l'une des chaloupes pour être remorqué vers le littoral, mais les amarres se coupent ou sont volontairement larguées, laissant l'embarcation de fortune à la dérive. presque sans eau et nourriture. Les 150 hommes présents sont alors embarqués dans une aventure de 13 jours d'errance au terme desquels ils seront finalement repérés par un brick appelé "l'Argus".  La survie tourne autour d'une atmosphère mêlant violence et cannibalisme, des scènes décrites par deux des survivants du radeau. Au final, 10 vies furent sauvées, le commandant de la Méduse fut condamné à 3 ans de prison militaire alors que le ministre de la Marine dut démissionner. Le pouvoir royal tenta en vain de dissimuler l'affaire qui choqua profondément l'opinion publique.

 

II - Description de l'oeuvre (approche sensible) :

Il s'agit ici de décrire ce que voient les yeux de l'observateur, les personnages, les objets, les décors, les paysages...Le lieu de la scène peinte pourra être localisé. les sentiments qui se dégagent d'une première observation pourront être révélés ainsi que les intentions de l'auteur.

Pour notre tableau : Une vingtaine de personnages, des hommes uniquement, sont représentés sur un radeau en pleine mer. Certains d'entre eux, allongés, semblent morts ou endormis notamment au premier plan, d'autres sont assis et d'autres encore sont debouts. Certains corps sont presque entièrement nus (hormis les chaussettes), d'autres laissent apparaître le torse et d'autres encore sont entièrement recouverts d'habits. Les torses nus laissent apparaître des musculatures puissantes. Une majorité de personnage est tournée vers l'avant mais les personnages du premier plan ne regardent pas dans cette direction et ont parfois l'air absent, le regard perdu dans le vide, la tête reposant sur une main ou encore prise entre les deux mains. Le personnage représenté debout et tourné vers l'horizon est noir, les autres personnages sont des blancs. Certains personnages tendent leurs mains vers l'horizon tenant parfois un morceau de textile, chiffon ou reste de chemise.

Le radeau est équipé d'un mât et d'une voile gonflée par le vent. Il semble poussé dans une direction opposée à celle vers laquelle les regards des personnages se portent. Un contre-mouvement donc qui équilibre les forces entre espoir et désespoir dans le tableau. Il paraît aussi très abîmé, des planches se détachant de la structure, d'autres étant cassées et des cordages étant dessérés. Nous pouvons voir un tonneau contenant du Rhum.

La mer est déchaînée, de grosses vagues semblent vouloir s'abattre sur l'embarcation. L'écume rend compte du mouvement puissant de l'eau. Au loin, sur l'horizon un point presque imperceptible montre l'argus vers lequel les regards et l'espoir d'un sauvetage se portent.

L'atmosphère qui se dégage est immédiatement dramatique, le danger que courrent les Hommes sur le radeau est très perceptible tout comme leurs émotions, entre espoir pour certains (au fond du bateau) et désespoir au contraire pour d'autres (premier plan). La mort semble très présente mais le personnage près du  mât, tendant le bras vers l'horizon et dont la tête est tournée vers ses compagnons d'infortune, laisse envisager un dénouement heureux.

 

III - Caractéristiques de l'oeuvre (Approche plastique) :

Il s'agit ici de s'intéresser à la composition de l'oeuvre, à l'organisation de l'espace, aux lignes de force, à la lumière et aux couleurs (utilisez l'animation ci-dessus). Un vocabulaire le plus précis possible doit être utilisé. Ainsi, concernant la composition, il s'agit de dégager les caractéristiques dominantes (symétrie, équilibre...), de dégager les lignes de force, les constructions (diagonales, courbes, cercles, lignes brisées...). Concernant les couleurs, évoquer les tons, chauds ou froids, l'harmonie, les contrastes, clair-obscur et chaud-froid...

Pour notre tableau : la ligne d'horizon se trouve sur le tiers supérieur de l'oeuvre, sur la ligne de force horizontale supérieure, définissant un tiers assez vide (le ciel) et deux-tiers pleins (le radeau et la mer) sur lesquels toute l'attention est portée.

Le cadrage nous montre que la règle des tiers s'applique : cette règle d'or de la composition qui fait diviser l'espace d'un tableau en trois tiers à la fois dans le sens vertical et dans le sens horizontal, suppose que les éléments principaux du tableau se trouveront sur ses lignes de forces naturelles ou à leur intersection. Ici, la ligne d'horizon, le mat et la voilure, le personnage éploré du premier plan tenant son fils mort sur les genoux, mais aussi l'homme noir agitant un chiffon dans l'espoir d'être aperçu sont chacun situés sur une des lignes de force du tableau, en application de la rège des tiers qui permet d'organiser harmonieusement la composition.

Deux constructions pyramidales se dégagent. A gauche, encadrant le mât et sa voilure mais aussi un groupe d'hommes aux attitudes affaissées ou étendus, la première pyramide nous donne à voir des morts et des mourrants, le désespoir de ceux qui ne pensent plus pouvoir être sauvés ou de celui qui a perdu son enfant et n'espère même plus pour sa propre vie tant elle a perdu de son sens désormais. A droite, une pyramide d'espoir encadrant des personnages dont les bras sont tendus vers l'horizon, avec comme point d'orgue l'homme noir dont tout le corps regarde vers le bateau sur l'horizon.

L'oeuvre s'articule autour d'une diagonale descendante longeant le corps mort de l'individu en bas à droite, cette diagonale évoquant l'idée de déclin, de chute vers une mort certaine. Mais elle s'articule aussi autour d'une diagonale ascendante partant du cadavre en bas à gauche jusqu' à l'homme noir qui agite son chiffon, traduisant ici une succession ou une évolution des sentiments, du désespoir face à la mort vers l'espoir du salut.

La multiplication des lignes brisées sur le radeau évoque l'instabilité, le désordre et le chaos, l'idée de désordre étant encore accentuée par l'absence de symétrie et par l'enchevètrement des corps.

La lumière provient du coin supérieur gauche mais le soleil semble caché par la voile du radeau et il a du mal à percer les nuages. La lumière, et l'espoir, semblent être surtout cantonnées à la ligne d'horizon, rappelant encore qu'un navire vient au secours. Cette luminosité crépusculaire accentue le côté dramatique de la scène, éclairant le corps des cadavres, jouant des clairs-obscurs, cachant tantot un visage désespéré mais éclairant tantot un corps tendu vers la ligne d'horizon dans un élan d'espérance.

La palette de couleurs utilisées est réduite et cantonnée aux couleurs chaudes allant du beige au noir en passant par le brun clair et le brun foncé, les teintes sont mates, une certaine harmonie des couleurs est perceptible. Cependant, la couleur rouge de l'étole que porte l'homme tenant son fils et du chiffon secoué par l'homme noir se détache.

IV - Interprétation de l'oeuvre :

Il s'agit ici de donner du sens à l'oeuvre, de dégager les intentions de l'artiste, de mettre l'oeuvre en relation avec le contexte de sa réalisation et des faits qui sont représentés. Il s'agit aussi de renseigner sur la portée de l'oeuvre : réaction des contemporains, intérêt historique et artistique...

Pour notre tableau : La toile de Géricault fait figure de manifeste du romantisme, un courant qui exprime avec force les sentiments humains et dont Delacroix est un représentant avec Gericault pour la France. Si le tableau se base sur des faits réels, il ne représente pourtant pas la réalité dans sa totalité : en effet, l'homme noir présente un dos musclé peu en rapport avec l'état dans lequel il serait après 12 jours de jeûne forcé. Les cadavres ont une pâleur idéalisée et les marques violettes de la décomposition n'apparaissent pas. Par ailleurs, le jour où le radeau fut retrouvé, le temps était au beau et la mer calme. Le peintre a donc transformé quelque peu la réalité pour donner un aspect plus théâtral à son oeuvre, plus dramatique. Ainsi le moment représenté est proche du dénouement, la tragédie touche à sa fin dans un dernier moment de tension.

Cette oeuvre est une prise de position face au retentissement qu'à provoquée la découverte de ce fait divers et face à la volonté de la monarchie restaurée d'étouffer l'affaire alors qu'elle n'a pas été à même de choisir un officier compétent pour conduire le navire. L'opinion publique d'alors est scandalisée. L'auteur pense aussi dénoncer à travers cette oeuvre l'acte abominable d'abandon de son équipage par le capitaine de la Méduse.

Géricault a mis son âme et son corps dans l'oeuvre puisqu'il a posé pour être représenté : il est vraissemblablement l'homme mort du premier plan, couché, le bras étendu, face contre le radeau.

En 1819, quand le tableau est présenté, il fait scandale à cause de la représentation réaliste et morbide des cadavres. Les amateurs du classicisme disent leur dégoût face à une représentation éloignée de leur idéal du beau. Mais le scandale vient aussi du fait de l'utilisation de la figure de l'homme noir, traité ici à égalité avec le blanc et figurant comme point d'orgue de la partie du tableau consacrée à l'espoir. Ici, le peintre s'engage en faveur de l'égalité entre noirs et blancs.

Il est à noter que cette oeuvre est assombrie par un mauvais vieillissement dû aux pigments utilisés. L'emploi de plomb fait qu'au contact de l'air, par oxydation, la toile noircit !