Eléments sur la mémoire

 

                        La mémoire, qu’est ce que c’est ? comment ça fonctionne ?

 

 

La mémoire c’est l’ensemble des systèmes biologiques et psychologiques qui permettent le codage, le stockage et la récupération des informations. La mémoire est une fonction du cerveau, ce n’est pas un mécanisme passif. Elle s’entraîne, non seulement pour améliorer ses performances mais aussi et simplement pour rester au même niveau de performance. Ainsi, mémoriser ce n’est pas remplir le cerveau comme on remplirait une bouteille d’un liquide mais bien un processus en 3 étapes :

 

                                                Ø L’encodage : l’information nouvelle est codée et transmise aux différentes parties spécialisées du cerveau qui vont la traiter et en faire une trace mnésique, un circuit nerveux tracé dans le cerveau. Un codage précis, s’appuyant à la fois sur des éléments verbaux et imagés, sur l’utilisation de tous les sens, donnera une trace profonde, ancrée, et une information durablement mémorisée. C’est un acte qui doit être volontaire.

 

                                                Ø Le stockage : inutile de chercher un lieu de stockage particulier, un souvenir n’est pas un emplacement, la mémoire pouvant s’apparenter plus sûrement à des chemins tracés entre plusieurs neurones avec de multiples embranchements. Les neurones communiquent entre eux par des signaux électriques et chimiques et sont assemblés en réseaux. Les souvenirs sont donc des groupes de neurones connectés entre eux et stockés un peu partout dans le cerveau. Chaque mémorisation se concrétise par de nouvelles liaisons entre neurones, par des modification de ces neurones en taille et en constitution biochimique. Mais il existe un stockage à court terme et un stockage à long terme. Un élève, lors d’un cours, travaille essentiellement en mémoire à court terme (la mémoire de travail). Mais les souvenirs que laissent ce cours s’effacent au fur et à mesure que d’autres cours viennent apporter de nouvelles connaissances venant s’inscrire en mémoire à court terme. La mémoire à long terme quant à elle peut conserver des informations toute une vie.

 

                                                Ø Le rappel ou la récupération : Pour se rappeler c’est à dire être capable de récupérer une information mise en mémoire à long terme, il faut un codage élaboré afin que la mémoire puisse se raccrocher à des repères ou indices précis et variés. Connaître le nom d’une information, son sens, sa couleur, son goût, sa date, l’image à laquelle elle correspond ou encore les émotions qui y sont liées sont autant d’indices pour le rappel. Chacun de ces indices occupera des neurones différents dans des parties différentes du cerveau. Lors du rappel, les différents neurones concernés par l’information, situés dans différentes parties du cerveau, vont être reliés par un signal électrique, il suffit qu’un neurone concerné par l’information soit réactivé pour que l’ensemble du circuit soit réactivé. Plus le chemin entre ces neurones est sollicité, plus le signal y passe aisément, plus le souvenir est ancré. Imaginez une forêt vierge qui serait l’état de notre cerveau sans aucune trace mnésique. Une information est enfin mémorisée, des connections entre neurones sont créées un peu comme un chemin qui serait défriché dans la forêt. Si nous ne voulons pas que la végétation reprenne le dessus sur le chemin, ce chemin doit être emprunté souvent. Nous imaginons oublier bien moins vite que dans la réalité. Ainsi, si nous n’effectuons pas de rappel au bon moment ou trop tard, bien des informations seront perdues. C’est dans les premiers moments suivant la découverte d’une nouvelle information que les pertes sont les plus importantes, c’est donc là qu’il faut produire un effort particulier pour contrecarrer ce phénomène

 

 Ce sont nos sens qui nous permettent de capter une information afin qu’elle soit mémorisée. La vision, l’audition et la kinesthésie fonctionnent alternativement ou d’une manière concomitante, cependant, chaque élève a une dominante. 60% de la population a une dominante visuelle, 30% a une dominante auditive et 10 % a une dominante kinesthésique. Nos sens sont donc des créateurs de souvenirs, les souvenirs s’inscrivant en nous en fonction des sens qui les ont crée.

Une fois passée par nos sens, une information passe donc en mémoire à court terme pour y subir un traitement, un codage la rendant assimilable par la mémoire à long terme. Cette mémoire à court terme ou mémoire de travail est utilisée tous les jours, par exemple pour retenir un numéro de téléphone nouveau juste avant de le composer. Elle ne dure que très peu de temps, elle se vide rapidement et automatiquement, son rôle est de gérer la situation présente le temps de prendre un certain nombre de décisions, au bout de 24h sans rappel, 80% de ce qui est passé en mémoire de travail est oublié et nous ne sommes pas égaux face à elle : selon les individus, nous pouvons stocker entre 5 et 9 informations en mémoire de travail. Ce nombre d’informations que nous pouvons stocker dans cette mémoire est appelé « empan mnésique », il est en moyenne de 7 unités. C’est en mémoire à court terme que se construit le sens d’une information, elle fait en effet venir des informations depuis notre mémoire à long terme pour comprendre l’information venant de l’extérieur, elle opère une synthèse entre les deux, encode le nouveau produit et le stocke en mémoire à long terme.

Au moins 10% des élèves ont un déficit en mémoire à court terme. Imaginez la difficulté pour comprendre une phrase longue d’un texte si les mots du début s’effacent progressivement car votre mémoire de travail est insuffisante. Mais cette mémoire peut se travailler et s’améliorer avec des exercices réguliers. Pour les élèves repérés comme ayant un empan mnésique limité, les séances d’aide individualisées devront débuter par ce genre d’exercices.

 

Une fois passé par nos sens et par la mémoire à court terme, le souvenir va devoir passer en mémoire à long terme pour persister. Il faut imaginer chaque nouvelle partie de connaissance (la date d’un événement, l’image que l’on s’en fait, le nom des personnages…), chaque nouveau chemin entre plusieurs neurones comme l’une des feuilles du livre du souvenir, chaque feuille est classée dans une bibliothèque dans des dossiers thématiques. Lors du rappel du souvenir, le livre est reconstitué à partir de chaque feuille récupérée dans chaque dossier et plus nous avons de pages dans le livre (codage précis), plus le rappel est aisé. En effet, cette mémoire à long terme ne sature pas comme celle d’un ordinateur (200 milliards de neurones, ça fait une sacré bibliothèque !), il ne faut pas hésiter à la nourrir en multipliant les liens pour une même connaissance : plus on tisse de lien autour d’un souvenir, plus nous classons de pages dans les dossiers de la bibliothèque, plus nous aurons de facilités à retrouver ce souvenir.

La mémoire à long terme se subdivise en deux grandes familles :

 

                                                Ø La mémoire explicite ou déclarative dont font partie la mémoire sémantique (mémoire du sens, c’est la plus puissante et durable, la mémoire sensorielle étant la plus faible) ou encore la mémoire autobiographique, elle est responsable de la mémorisation des informations sous forme verbale, c’est celle qui peut se traduire en mots

 

                                                Ø La mémoire implicite ou non déclarative dont fait partie par exemple la mémoire procédurale (mémoire des savoirs-faire…)

 

Chaque souvenir est décomposé et stocké dans différentes zones du cerveau en fonction de leur spécialité et c’est l’hippocampe qui sert de gare de triage, dispatchant les différents éléments constitutifs du souvenir dans les zones spécialisées du cerveau, toutes ces zones étant reliées entre elles par l’intermédiaire des neurones et de l’hippocampe et travaillant de façon synchrone.

 

 

La mémoire, pourquoi en a t-on besoin ?

 

La mémoire joue un rôle dans toute activité de compréhension et, pour un élève, apprendre sans avoir recours à la mémoire est presque impossible. Ainsi, nous comprenons ce que nous dit un interlocuteur parce que notre mémoire a emmagasiné le sens des mots utilisés, parce que nous mobilisons des connaissances déjà en tête sur le sujet de discussion et que nous associons nos connaissances antérieures aux nouvelles connaissances que l’on nous apporte. Ainsi, comprendre c’est établir une relation entre une nouvelle connaissance et ce que l’on sait déjà c’est à dire ce qui se trouve dans notre mémoire . Etre intelligent c’est avoir mémorisé et compris des savoirs et savoirs faire et pouvoir les réutiliser/restituer à bon escient.

La mémoire permet l’automatisation de tâches simples ce qui dégage de l’énergie pour des tâches plus complexes : dans un problème donné, une fois celui-ci approprié par l’élève, il est ramené à un enchaînement de tâches ou exercices connus, plus ou moins simples, et à une démarche permettant la résolution du problème. Si les tâches simples à réaliser ne sont pas automatisées, cela provoque des surcharges en mémoire de travail et empêche l’élève d’en arriver aux raisonnements de haut niveau qui permettent la résolution du problème. Or pour qu’un savoir ou une tâche soit automatisé, ancré dans la mémoire, nous avons besoin soit de la mémorisation par cœur, soit de répétition fréquente dans l’utilisation de la connaissance, dans des contextes variés qui lui donnent du sens. Certains élèves économisent de l’énergie en mémoire de travail car ils disposent de nombreuses connaissances (savoirs ou savoirs faire) automatisées, immédiatement disponibles en mémoire à long terme, ce qui les libère pour des activités de niveau supérieur. Permettre aux élèves d’automatiser les tâches les plus simples est un élément important pour leur réussite.

 

Quels sont les impératifs d’une mémorisation efficace ?

 

Attention, concentration et intention : Pour mémoriser il faut le vouloir, c’est un processus actif et non passif, il est donc impossible d’apprendre en dormant…. Si le sujet n’est pas trouvé intéressant par l’élève, il va devoir se mettre en condition intérieurement : une technique simple consiste à visualiser l’objectif final réalisé (la bonne note, les félicitations des parents…) et le plaisir éprouvé avant de commencer le travail de mémorisation.

L’attention ouvre notre esprit aux signaux reçus par les sens, rend le cerveau disponible quand la concentration ferme notre conscience à tout ce qui peut distraire notre esprit de la tâche en inhibant les informations indésirables. Or attention et concentration consomment de l’énergie. L’acquisition de nouvelles connaissances réclame le plus de concentration. Pour les élèves souffrant de trouble de l’attention (TDA), la prise de note peut être une stratégie tout comme le décrochage volontaire pour mieux raccrocher par la suite ou encore le fait de noter les pensées distrayantes sur une feuille car il s’agit de rendre conscient le décrochage afin d’automatiser le raccrochage d’une manière autonome.

L’attention est indispensable pour intégrer les informations en mémoire à court terme qui a besoin que nous focalisions totalement sur ce que nous voulons retenir pour être efficaces. Notre cerveau n’est pas capable de diriger son attention volontaire sur deux tâches nouvelles simultanément (pour assumer deux tâches en parallèle il faut que l’une d’elle soit automatisée).

 

Association (d’idées) : Nous mémorisons efficacement quand nous pouvons associer une nouvelle connaissance à ce que nous connaissons déjà. En effet, notre cerveau fonctionne par assemblées de neurones en groupant le nouveau avec ce qu’il connaît déjà. Ainsi, la carte mentale (mindmap) est un excellent outil car, associant des éléments et imitant un réseau, elle imite aussi une assemblée de neurones.

 

Disruption : C’est un décalage entre ce à quoi on s’attend et ce qui est proposé, un écart provoquant le rire ou l’étonnement qui favorise la mémorisation. Plus l’écart est grand, plus il marque les esprits, plus la mémorisation est aisée.

 

 Imagination dirigée : pour que le codage d’une connaissance soit précis et qu’il rende donc le rappel efficace, il faut utiliser votre imagination pour créer des films mentaux avec image, sons, sensations (goût, toucher…) et émotions en le rendant drôle voire décalé (disruption). Le film mental utilise tous les sens quand l’image mentale n’en utilise qu’un. Quoiqu’il en soit, il faut multiplier les indices de récupération d’une connaissance donc au minimum doubler les informations verbales par une image mentale ou à l’inverse un schéma par une verbalisation car quand une information est donnée à la fois de manière visuelle et sous forme verbale (auditive) elle est mieux mémorisée. Ceux qui produisent facilement des images mentales sont favorisés dans leur mémorisation par rapport à ceux qui n’en fabriquent pas.

 

Répétition : Au commencement était la survie, objectif principal de la mémoire (se souvenir que l’hippopotame est dangereux pour l’Homme). Plus une information est inutilisée depuis longtemps, moins elle a de chance d’être nécessaire à l’avenir pour notre survie. La répétition leurre notre cerveau en lui faisant croire qu’une information est vitale. La répétition permet de tracer un chemin de plus en plus profond entre les neurones donc d’ancrer la connaissance. Relire, retranscrire à la main, faire une fiche de synthèse, la relire…autant de manière de répéter. Bien entendu la lecture doit être active, il ne faut pas hésiter à mettre des intonations, à s’extasier, se forcer à se réjouir, cela induit un processus positif de mémorisation.

Mieux vaut apprendre 3x20 minutes qu’1x60 minutes, un apprentissage distribué en séquences brèves et fréquentes est plus efficace qu’un apprentissage massé.

 

Structuration : la structuration des connaissances permet une mémorisation efficace, la carte mentale est intéressante en ce sens car elle allie structuration et association, pour la construire structurez comme vous le « sentez », ce sera d’autant plus efficace. Quand on apprend un cours, la forme (structuration) est tout autant à apprendre que le fond (contenu de la structure). D’où l’intérêt quand on fait des fiches de synthèse de bien faire ressortir le plan (parties, sous parties…). Chaque titre de partie et sous partie avec ses mots clés est autant de balise pour la récupération.

 

Emotion : C’est le plus puissant facteur de mémorisation mais elle ne se décrète pas. Une formidable baffe reçue après avoir fait une grosse bêtise ne vous a t-elle pas marquée ?

 

Production : On mémorise mieux quand on réalise soi même, ainsi on ne peut apprendre une langue sans la pratiquer.

 

Les ennemis de la mémoire : L’alcool qui fait mourir l’hippocampe, l’archiviste de notre mémoire, le tabac réduisant le débit sanguin dans le cerveau. Alcool + tabac, le cocktail de l’oubli. Les drogues (dont le canabis) L’anxiété, la peur de l’échec, le stress, les attitudes négatives (manque d’intérêt), le langage intérieur démobilisant, les problèmes personnels, les activités physiques insuffisantes, la nutrition inadaptée (le premier carburant du cerveau est le glucose et non le fructose, mais vitamines et sels minéraux, sont essentiels comme les poissons gras et les fruits secs, le phosphore et le magnésium). Le manque de sommeil, de loisirs et de distractions.

 

 

Alain Lieury, "Une mémoire d'éléphants ? Vrais trucs et fausses astuces", éditions DUNOD, 2011.

 

Ceci est un résumé, une fiche de lecture qui tente de reprendre l'essentiel d'un livre qui compte environ 350 pages.

 

Il existe deux systèmes de mémoire : la mémoire déclarative ou explicite qui comprend le rappel et la reconnaissance consciente de faits ou d'événements et la mémoire procédurale ou implicite qui concerne les apprentissages sensori-moteurs (faire du vélo).

La répétition est un mécanisme élémentaire du niveau biologique de la mémoire, il est souvent incontournable : il faut revaloriser l'apprentissage par coeur.

Permettre des périodes de repos au cours de l'apprentissage donne de meilleurs résultats que l'apprentissage massé. Plus la tâche est difficile, nouvelle et demandeuse en attention, plus les essais de mémorisation devront être courts et les pauses plus longues. Le neurone s'épuise en apprenant, la phase de sommeil paradoxal est indispensable pour la consolidation en mémoire, d'autant plus nécessaire que les nouveaux apprentissages sont nombreux. Il faut apprendre progressivement et régulièrement et en privilégiant le sommeil.

L'oubli intervient dès que la connaissance apprise n'est plus répétée. Apprendre beaucoup d'informations en même temps ne permet pas beaucoup de répétition et l'oubli sera rapide. Limiter la quantité de connaissances à apprendre à la fois permet de les répéter plus souvent et ainsi de moins les oublier. On peut mémoriser une grande quantité d'informations en vue d'un rappel proche mais si l'on cherche un rappel à long terme, il vaut mieux se limiter et réviser plus souvent.

La mémoire sensorielle visuelle existe mais elle est éphémère et ne dure qu'1/4 de seconde. Notre mémoire n'est pas photographique mais enregistre des mots et du sens. Les mémoires sensorielles sont volatiles, les informations sensorielles sont transformées, recodées dans des parties spécialisées du cerveau appelées modules. L'ensemble des modules forment la mémoire à long terme. L'impression de voir une page apprise dans sa tête vient d'une autre mémoire, la mémoire imagée qui fabrique des images mentales durables mais reconstruites donc peu fiables.

La mémoire lexicale est une sorte de dictionnaire de tous les mots acquis au cours d'une vie. le stockage lexical est la morphologie du mot, sa carrosserie (graphisme, phonologie). la meilleure méthode pour apprendre des mots inconnus est de multiplier les exercice de lecture, audition, écriture et prononciation. Les associations phonétiques ou les rimes aident à la mémoire des mots (comptines). Savoir prononcer un mot exige de nombreuses répétitions ce qui est le signe d'une mémoire de type procédural.

La subvocalisation ou vocalisation silencieuse est d'autant plus utile qu'un texte est complexe (permet la répétition, le retour en arrière).

Les chiffres font partie d'un système lexical particulier, ils sont facilement oubliés car toutes les suites de chiffres sont de nouvelles combinaisons des mêmes 10 chiffres de 0 à 9.

La mémoire sémantique est la mémoire du sens. les concepts de la mémoire sémantique sont classés de façon hiérarchique, les catégories sont emboitées dans des catégories plus générales comme dans des arborescences : un canari vient dans la catégorie oiseau et oiseau dans la catégorie animal. Seules les propriétés ou traits sémantiques spécifiques sont classés avec les concepts. Ainsi un canari est jaune donc la propriété jaune est classée avec le concept canari.

La compréhension se fait de deux façons : soit par un accès direct à l'information qui donne le sens (on sait que le canari est jaune car l'information "jaune" est stockée) soit par inférence : un canari a t-il un estomac ? On active le réseau sémantique, le canari est un oiseau donc un animal donc il doit avoir un estomac : l'information est déduite à partir d'informations contenues dans d'autes parties de l'arborescence. L'inférence est un raisonnement à partir d'un réseau de connaissances. Plus la mémoire stocke de connaissances et plus les inférences sont variées et correctes.

La mémoire sémantique est la plus puissante et la plus durable, la mémoire sensorielle la plus faible. L'impression de mieux apprendre visuellement est fausse : c'est le codage sémantique que l'on fait sans s'en apercevoir qui est efficace. Quand on construit une fiche de cours ce n'est pas sa visualisation qui est efficace mais de lire plusieurs fois le cours (répétition) et de faire un plan (catégorisation).

Assister à un cours ne suffit pas à la mémorisation, il faut apprendre en plusieurs essais, y compris pour le sens. La sémantique s'apprend non comme une répétition par coeur mais par l'apprentissage de multiples épisodes contenant chacun une parcelle de sens. Comme les mots sont principalement stockés dans deux mémoires, une pour la carosserie et une autre pour le sens, il y a deux sortes d'apprentissage : le par coeur qui est le moteur de la mémoire lexicale et l'apprentissage multi épisodique qui et le moteur de la mémoire sémantique (réutilisation d'un mot, d'une notion, dans un cadre différent).

Les illustrations sont efficaces quand elles décrivent des informations d'un texte, elles peuvent aider les enfants faibles lecteurs et apporter une meilleure compréhension quand les textes sont ambigüs.

Il existe une mémoire à long terme (la bibliothèque des mots, images et souvenirs) et une à court terme qui ne dure que 10 à 20 secondes et qui a une capacité limitée, qui fonctionne comme une mémoire fichier qui ne stocke qu'un indice (le fiche d'un livre à la bibliothèque) allant chercher une unité structurée (le livre lui même).

L'organisation c'est le moteur de la mémoire, il faut apprendre par petits paquets d'informations.

Pour faciliter la mémorisation de noms, un procédé est de le rapprocher d'un mot ou nom connu, d'une phrase : ainsi monsieur Delacourte = de la courte échelle. La technique du mot clé ou de la phrase clé consiste à faire une association, un chemin entre les concepts de la mémoire sémantique : la stalagmite monte, la stalagtite tombe.

Mémoriser sous forme imagée est efficace. Le vocabulaire étranger peut être acquis par la mise en place de mots clé imagés : le mot "parrot" (perroquet) - son mot clé "carotte" - un perroquet sur une carotte comme image mentale. Trop simpliste cependant pour être généralisé à l'acquisition d'une langue étrangère.

Le revers de la mémoire est l'oubli. Ce n'est pas un effacement total, il résulte de l'echec à récupérer des informations dans le vaste stock de la mémoire. Nos souvenirs seraient munis d'indices pour les retrouver, les indices de récupération. Le cerveau c'est 200 milliards de neurones donc une très grande bibliothèque.

Du fait de la capacité limitée de la mémoire à court terme, le principal ennemi de la mémoire est la surcharge : les schémas ne doivent pas être encombrés.

La méthode du mot-clé ou de la phrase-clé consiste à faire des mots avec les premières lettres ou syllabes des mots d'une liste à retenir : ainsi pour les prépositions "à, dans, par, pour, en, vers, avec, sans, sous et sur" = "Adam part pour Anvers avec cent sous sûrs". "me voici tout mouillé, je suis un nageur pressé" pour la liste des planètes après le soleil dans l'ordre (Mercure, Venus, terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton). "HOLMES" pour les grands lacs d'Amérique du nord : Huron, Ontario, Saint Laurent, Michigan, Erié, Supérieur. Mais les initiales seules sont souvent innefficaces, il faut au moins 3 lettres pour un indice de rappel efficace. Pour les périodes géologiques de l'ère primaire : "cambronne s'il eut été dévôt, n'eut pas carbonisé son père = Cambrien, Silurien, Dévonien, Carbonifère et Permien.

Les indices facilitent l'accès à l'épisode stocké mais si rien n'est stocké ou insuffisamment (pas appris ou mal appris), il n'y a rien à récupérer. Même la phrase clé la plus facile ou la plus amusante ne pourra permettre de rappeler des éléments inconnus. Pour qu'il y ait efficacité il faut que les éléments à rappeler aient été préalablement stockés, que les indices soient les plus riches possibles et toute phrase clé ne doit pas contenir trop de mots de remplissage sinon il y  a surcharge en mémoire.

Le plan de récupération parfait c'est le résumé : prendre les indices les plus riches c'est à dire les mots importants et enlever ce qui est secondaire. Le résumé est meilleur après acquisition de ce qui doit être appris.

En matière de mémoire, si la méthode joue un rôle, les capacités individuelles ne sont pas négligeables. Pour qu'une méthode soit efficace il faut un bon codage, un codage symbolique et non sensoriel, imagé et verbal et de préférence sémantique, de bons indices, un bon plan qui relie sémantiquement les indices avec le minimum de surcharge (résumé pour le lexical, schéma pour l'imagé, arborescence pour le sémantique), un bon stockage de connaissances.

Les jeux vidéo ne permettent pas d'être meilleurs à l'école, ni les programmes d'entrainement type Kawashima, le seul bénéfice faible est en calcul.

Les mécanismes de la mémoire et les mémoires elles mêmes sont multiples. Il n'existe pas de méthode unique aux résultats miraculeux. Les mémoires sont en interraction.

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Quand il s'agit d'informations individualisées, les indices de récupération sont utiles : abréviations, mots-clés. quand le rappel porte sur des informations multiples, les meilleurs méthodes sont la hiérarchie, les phrases-clés, le schéma.

La mémoire des odeurs n'est pas puissante : dans le cas de Proust et de la madeleine trempée dans du thé, plus que son odeur c'est sans doute sa vue qui fut efficace et lui rappela des souvenirs d'enfance.

La mémoire des enfants n'est pas meilleure que celle des adultes, le facteur décisif est l'entraînement. Plus l'enfant devient grand, meilleure est sa mémoire, les performances les plus importantes étant atteintes entre 15 et 25 ans.

L'ennemi numéro 1 de la mémoire est l'alcool qui fait mourir en premier l'hippocampe, l'archiviste de la mémoire répertoriant les nouvelles informations comme un bibliothécaire pour les nouveaux livres. Le tabac est aussi nocif, il réduit le débit sanguin dans le cerveau en réduisant le volume des vaisseaux sanguins. Alcool plus tabac, le coktail de l'oubli. L'idée que le phosphore est bon pour la mémoire est fausse. Ce sont les connexions entre les neurones, nécessitant des substances très variées et notamment des protéines, qui sont le véritable support de la mémoire.

Les mots sont stockés dans deux mémoires, la mémoire lexicale pour leur carosserie, le sens étant stocké dans la mémoire sémantique. La mémoire des mots exacts d'un texte n'est plus fiable au dela d'une semaine mais les grands thèmes abordés sont conservés sur plusieurs mois. La mémoire sémantique, des idées est celle qui stocke les informations sur la plus longue durée.

On apprend mieux en lisant qu'en écoutant, la lecture permet une autorégulation selon la difficulté du texte (retour en arrière).

Il faut comprendre pour apprendre car la mémoire sémantique est la plus résistante. La compréhension est basée sur une mémoire abstraite qui ne retiendra pas forcément les mots exacts d'un document mais des synonymes ou des mots plus généraux. Il faut à la fois comprendre pour construire et enrichir la mémoire sémantique mais il faut aussi apprendre par coeur pour construire et enrichir la mémoire lexicale.

La répétition est le mécanisme de base des cellules nerveuses. Comme la mémoire repose en dernier lieu sur des connexions entre neurones, la répétition est le mécanisme qui assure la force de ces connexions.

Apprendre en écoutant de la musique ou la télé n'aide pas à se concentrer. Les bruits simples, la musique pure (sans paroles, classique, jazz) ne gênent pas la mémorisation mais dès qu'il y a parole, il y a une baisse de la qualité de la mémorisation jusqu'à 40 %.

La capacité limitée de la mémoire à court terme impose de faire des phrases courtes  pour être compréhensibles. La mémoire n'ayant pas une capacité infinie, l'apprentissage est plus lent quand il y a surcharge.

Le trou noir devant la copie : les mots de la leçon sont rangés dans la mémoire à long terme qui fait office de bibliothèque. Mais la mémoire à court terme n'est pas un fichier permanent comme en bibliothèque, c'est un tableau noir qui se remplit et s'efface à la demande. Avant l'interro, les élèves ont souvent eu d'autres cours et les mots de ces cours ont effacé le tableau noir de la mémoire à court terme. Mais si la leçon est bien apprise, les questions du professeurs deviendront de bons indices de récupération des connaissances de la mémoire à long terme. Celui qui n'a pas appris suffisament, les informations ne sont pas en mémoire à long terme ou de façon trop fragmentaire, alors le tableau noir reste noir.

Le schéma est une organisation imagée d'indices pour récupérer des informations mais comme notre mémoire n'est pas photographique, le schéma doit être construit, dessiné plusieurs fois, jusqu'à la maîtrise des différents éléments.

Pour une bonne mémoire la stimulation précoce est importante.